Histoires Jeune Garcon Gay -

Pendant trois semaines, ils se retrouvèrent chaque soir à la bibliothèque municipale. Sous le regard absent de la bibliothécaire, ils découpèrent des images, collèrent des vers, et peu à peu, Léo apprit des choses sur Raphaël. Qu'il avait vécu à Lyon avant. Que son père ne lui parlait plus. Que la musique l'aidait à dormir.

« Léo, » dit-il doucement. « C'est toi que je regarde, moi aussi. »

« Et alors ? » dit-il, d'une voix qui tremblait à peine. « Et alors, quoi ? »

Raphaël devint blanc comme un linge. Léo, lui, sentit une colère froide monter dans sa poitrine. Il se leva. Il ne savait pas ce qu'il allait faire, mais il ne pouvait plus se taire. Histoires Jeune Garcon Gay

« Tu aimes quel poète ? » demanda Raphaël, en sortant un carnet couvert de stickers.

Léo ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit. Il avait peur. Peur que Raphaël devine. Dans son collège de province, on disait « pédé » comme on disait « merde ». Léo l'avait entendu cent fois dans les couloirs, craché comme une insulte.

Raphaël sourit. « Moi, c'est Rimbaud. Parce qu'il parle de la liberté. » Pendant trois semaines, ils se retrouvèrent chaque soir

« Verlaine, » répondit-il enfin, d'une voix étranglée. « Parce qu'il parle de la pluie. »

Un mardi de pluie, le professeur de français les mit en binôme pour un exposé sur la poésie. Raphaël vint s'asseoir à côté de Léo sans un mot. Son épaule frôla celle de Léo, et Léo sentit son cœur tambouriner contre ses côtes comme un prisonnier.

Et c'était la plus belle chose qu'il avait jamais faite. Que son père ne lui parlait plus

Ce jour-là, il ne se passa rien de plus. Pas de bagarre, pas de héros. Juste deux garçons qui tenaient bon sous la pluie fine de l'automne. Le soir, Raphaël vint chez Léo. Sa mère leur prépara des crêpes, sans poser de questions, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.

Léo avait quatorze ans et la fâcheuse habitude de regarder les garçons trop longtemps. Pas ceux de sa classe, avec leurs blagues sur le foot et leurs rires trop bruyants. Non, il regardait Raphaël, le nouveau, qui était arrivé en septembre et qui lisait des romans sous le préau.

Fin.

Un soir, alors qu'ils cherchaient un livre sur une étagère trop haute, leurs mains se touchèrent. Léo retira la sienne comme s'il avait pris une décharge électrique. Raphaël le regarda, et pour la première fois, son visage s'ouvrit, vulnérable.

Dans la chambre de Léo, alors que la nuit tombait, Raphaël sortit un marqueur noir de son sac. Il prit la main de Léo et dessina un petit arc-en-ciel sur sa paume.

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